Partons en Pélegrinage !

Les dessins de Nicole Pélegrin

Ici on chemine, on roule, on se propulse, à bicyclette ou pluricyclette, ou à dos de montures, dans un tohu-bohu foutraque, en convois pittoresques conduits par une femme, un lapin, une oie. On se déplace de bric de broc vers la nature, au départ des villes, ou vice versa. A pieds, à pois, à damiers, en noir et blanc, en couleurs, jaune, rouge, violet, on sourit aux circonstances, on embrasse toute éventualité. Chaque créature hybride porte un costume bariolé, entre le pelage et la tapisserie, l’organique et le décoratif.  Ici on a beaucoup à vous dire car on est philosophes, sportifs, journalistes, zoophiles, lièvres, girafes, insectes, créatures parfois poissonneuses et interconnectées, mélangées même, difficiles souvent à dissocier. Une fusion des organismes qui n’aurait pas déplu au Topor de « Joko fête son anniversaire ».  On peut conduire, ici, tout en prenant sa douche, déplacer des maisons sur des pattes d’autruches, pélegriner joyeusement, pris dans une apesanteur dynamique où tous sont bienvenus, du moucheron à l’éléphant, du rhinocéros au serpent. Par ici, beaucoup de jumeaux et peu de juments, mais ce n’est pas un jugement. Des jumeaux disais-je, alter égos, clones qui se font face et s’interrogent : mais qui sommes-nous et dans quelle aventure sommes-nous donc ainsi embarqués ?  Cadavres exquisement mis en scène, on fait front ici en commun, l’énergie vient du nombre, c’est vrai qu’on est rarement seul. On se regroupe et on fait sens de façon énergique, dans l’ordre le plus aléatoire ; quelque surréaliste que soit le propos, il tient debout ; quelque rocambolesque que semble la situation, les choses sont ordonnancées exactement comme elles doivent l’être – sorte de défi que relève brillamment l’artiste. Chaque dessin est convaincant, il est à lui-même sa propre justification. Malgré les points communs de style, chaque proposition est inattendue et, pour les collectionneurs dont je suis, se dégage une dangereuse tendance à se dire « oh mais il me le faut celui-ci ! Et celui-là ! Et cet autre ! » Car comment ne pas succomber au charme de ces créatures, à l’abondance de cette source qui semble couler à profusion, un peu comme l’était celle du regretté John Mckie, intarissable et toujours fraiche, toujours renouvelée !

Nicole Pélegrin nous embarque, c’est le cas de le dire ! Son monde, longtemps piloté par le noir et blanc et la présence d’insectes, s’est petit à petit mué en une joyeuse sarabande colorée, à la fois humaine et animalière, en un ballet réjouissant et inspiré. Je souscris pleinement à cette fête, je m’abreuve bien volontiers à cette source. Loin des folies sinistres du monde réel, partons donc en Pélegrinage !


Publié le 21 juillet 2025 sur le blog « Les grigris de Sophie », merci Sophie.

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