Les amabiés de Sophie Lepetit

Avec le confinement est apparue l’Amabié, cette fameuse sirène japonaise à trois queues dont l’image est supposée éloigner les fléaux et qui a surgi, logiquement, lors de la crise du coronavirus.

Chacune sur sa page Facebook et sans se concerter, Sophie Lepetit et son amie d’enfance Christine Magne ont proposé aux artistes des créer sur le thème de l’Amabié. Ce thème a suscité beaucoup d’enthousiasme (et la ruine pour de petits collectionneurs tels que moi, merci Sophie !). Depuis le mois de mars et durant toute l’année 2020, nous avons vu passer beaucoup de créatures à trois queues de tous poils, magiques, extravagantes, fantastiques, parfois cocasses, comiques… certains artistes qu’on connaissait peu se sont révélés avec ce thème (je pense à Gilles Lizanet par exemple). D’autres comme Thierry Lambert ou Hélène Lagnieu ont prouvé qu’ils étaient des maîtres et s’emparant avec brio du thème japonais et en déclinant leur version de la créature au fil des semaines.

Les Amabié de Sophie.

 Puis soudain sont apparues d’adorables petites créatures peintes sur des galets. D’emblée identifiables par leurs codes bien précis : un corps féminin composé d’une sorte de robe à pois se terminant en nageoires, bec de perroquet et longs cheveux ondulés, dotées parfois de bras, parfois d’ailes. Mais surtout ces petites créatures ont en commun une allure et plus encore, une intention.

Car les Amabié de Sophie sont investies d’une mission : nous protéger, avec modestie et sérieux. Elles ont cette bienveillante allure, cette silhouette élancée (lancée, même, lancée vers un but) ; elles sont touchantes, un brin naïves mais surtout très affairées : elles sont « en route », volant de tout leur cœur vers leur mission humanitaire.

J’ai l’habitude de regarder de l’art, surtout de l’art singulier, et je trouve que les Amabié de Sophie font mouche : elles activent mon imaginaire. J’aime leur douceur discrète et leur détermination à se téléporter vers nos petites misères dans la ferme intention de nous en débarrasser.

Sur la grande quantité d’Amabié regardées depuis le premier confinement, j’en ai vu assez peu qui semblent aussi motivées que celles de Sophie.  Petits talismans ailés, petits grigris bien intentionnés, petite armée mandatée, elles sont nées pour nous protéger. D’ailleurs si on a la chance de passer chez Sophie (dans la maison magique, écrin merveilleux de mille trésors artistiques), on repart avec un galet Amabié de son choix… et s’il y a quelque chose de particulier à terrasser (comme une maladie, un souci, un problème) Sophie l’écrit au dos du galet pour renforcer l’intention magique.

Il y a de l’art et du cœur dans ces petites choses… et d’ailleurs elles sont aujourd’hui (en 2025) présentées à la boutique de la fondation Dubuffet, collection de l’Art Brut à Lausanne.

Sophie regrette souvent de ne pas être artiste… et si elle se trompait ? C’est vraiment ce dont nous persuadent ses Amabié !


Publié le 21 juin 2020 sur le blog « Les grigris de Sophie », merci Sophie.

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